C’est l’éternelle question que se pose tout·e freelance. Comment savoir si je facture mon projet en régie (c’est-à-dire au temps passé, soit à l’heure ou à la journée) ou au forfait ? Les deux systèmes possèdent évidemment leurs avantages, et il n’existe pas de recette magique qui s’applique à toutes les situations. Voici quelques scénarios de mission et facturation récurrents, du ping-pong à la magie noire.

Si vous travaillez pour une somme forfaitaire, vous vous engagez à accomplir une tâche, quel que soit le temps que cela vous prendra. C’est ce qu’on appelle une obligation de résultat. Quand c’est terminé, c’est terminé. Si vous travaillez sur base du temps passé, le paiement est effectué à un tarif horaire ou journalier prédéterminé. C’est ce qu’on appelle une obligation de moyens, ou obligation d’effort. Si la mission prend plus de temps que prévu, le ou la client·e devra alors vous payer ce temps supplémentaire.

« Cela dépend de la mission. Prenez un mariage par exemple. Pour la conception d’une invitation, j’aime proposer un montant et expliquer ce qui est inclus dans ce prix : trois brouillons, deux tours de correction, etc. S’il s’agit de plusieurs petites choses, je préfère faire une offre au tarif horaire. Si un client me dit qu’il a besoin d’un menu, de badges nominatifs, de panneaux de signalisation, de couverts, etc. pour sa soirée, il est difficile d’estimer le coût total que cela représentera. Dans ce cas-là, je facture en régie. » Brenda Ottati, graphiste

Mais travailler pour un montant forfaitaire n’est pas toujours synonyme de prise de risques. Il arrive que vous sachiez exactement la charge de travail que représentera une certaine mission. Les agences de traduction factureront, par exemple, au caractère ou au mot, puisqu’il s’agit d’un critère fixe et transparent. Mais les tarifs pourront également varier en fonction du contenu. Pour un livre de cuisine, la traduction sera considérée comme facile ; pour une nouvelle, c’est déjà un peu plus difficile. Quand il s’agit d’une traduction juridique, où la moindre coquille peut avoir de graves conséquences, le prix risque d’être plus élevé. Tout cela sera généralement fixé dès le départ, de façon claire et précise. Dans de tels cas, il serait étrange de travailler au forfait. 

Le cliché veut qu’un taux forfaitaire soit souvent avantageux pour le ou la client·e, et qu’un taux horaire soit plus avantageux pour le ou la freelance. Le critère, après tout, c’est de faire des sous. Un·e client·e réfléchira à deux fois avant de changer de concept à mi-parcours si le ou la freelance facture à l’heure. Avec un forfait, il ou elle pourra toujours essayer : tous·tes les freelances n’ont pas assez d’assurance pour refuser. Les débutant·e·s en particulier effectuent généralement deux fois plus de travail pour le même prix. 

Et pourtant, il existe des scénarios dans lesquels un montant forfaitaire peut être plus avantageux pour le ou la freelance.

Trois cas classiques en faveur du tarif horaire 

1. Et puis ceci, et puis cela

Tous·tes les freelances sont passé·e·s par là. Un·e client·e qui demande un communiqué de presse, mais aussi « quelques petites phrases pour nos réseaux sociaux ». Un·e client·e qui demande un site web simple, mais « avec aussi un coin webshop, non ? ». Si le premier briefing est rempli de ceci et de cela, il peut être plus malin de proposer un tarif horaire plutôt qu’un forfait.

2. Ping-pong

Certains projets impliqueront beaucoup d’allers-retours entre vous et le ou la cliente. Que cela soit dû à un briefing peu clair, à une erreur de votre part ou à un très mauvais alignement des planètes, cela signifiera toujours une charge de travail plus importante pour vous. Et le travail supplémentaire fait moins mal lorsqu’il est facturé. Si vous sentez que la dynamique du « ping-pong » est en train de s’installer, proposez de passer au tarif horaire.

« Personnellement, je préfère la facturation avec un prix fixe. Mon objectif est de satisfaire le client et d’obtenir un bon résultat final, quelles que soient les heures passées dessus. Il est important de déterminer dès le départ ce qui est inclus, quelles sont les limites du projet. Vous ne pouvez pas faire des allers-retours sans fin avec de multiples feedbacks et versions. » Amaya Villanueva, social media manager

3. Chez toi ou chez moi ?

Si un·e client·e attend de vous que vous soyez à un certain endroit à une certaine heure pour travailler sur une mission, vous fonctionnez clairement en régie. Il serait alors assez étrange de ne pas facturer au tarif horaire ou journalier. Ce scénario est assez courant dans les entreprises qui connaissent un pic d’activité temporaire, et également dans le secteur informatique où un·e développeur·euse sera parfois amené·e à faire partie d’un projet plus vaste sur le court terme. Conseil : fixez votre tarif journalier à un niveau suffisamment élevé. Même en tant que freelance, vous devez toujours payer vos impôts et votre client·e le sait aussi bien que vous. 

man smiling at his computer

Trois cas classiques en faveur du tarif forfaitaire 

1. Des p’tits sous, des p’tits sous

En tant que freelance expérimenté·e, vous savez ce que vous valez. Après quelques années d’essais-erreurs, vous pouvez également mieux estimer le temps que vous allez consacrer à une tâche en particulier. Le briefing est finalisé et précis, et vous savez que vous pouvez accomplir ce travail plus rapidement que n’importe qui d’autre ? Alors demandez un forfait, c’est tout bénéfice pour vous. 

2. Liberté, joyeuseté

Le forfait comporte pas mal de risques, d’accord. Mais il y a un bon côté à tout. Certain·e·s client·e·s, par exemple, souhaitent suivre de près le nombre d’heures prestées, que ce soit sur un lieu de travail commun ou non. Le mot « freelance » contient le suffixe « free », une liberté qui ne plaît pas à tout le monde. Si vous voulez éviter les regards indiscrets et travailler où et quand vous en avez envie — en pyjama si nécessaire — alors proposer un tarif forfaitaire peut être plus intéressant.

3. Magie noire

Ce scénario surgit très souvent dans les domaines « tendance ». À la fin des années 1990 par exemple, tout le monde voulait un site web, mais peu savaient comment en créer un. Internet, c’était carrément de la magie noire aux yeux du commun des mortels. On peut parier qu’à l’époque, certain·e·s freelances ont fait fortune en facturant une très belle somme pour le site le plus basique du monde. Dans les années 2010, ce sont les applications mobiles qui ont eu le vent en poupe. Actuellement, il faut absolument « développer un truc en rapport avec l’IA ». Bref : si la demande excède l’offre, il y a beaucoup d’argent à se faire en bossant au forfait…

Le meilleur des deux mondes

On parle sans cesse de facturation, mais la question de la rémunération doit déjà être abordée au moment de l’offre. À ce stade, vous devez conclure des accords clairs sur le contenu, le calendrier, les éventuelles étapes intermédiaires et le résultat. Si vous travaillez au forfait, le devis ou l’accord sera souvent plus complexe. Après tout, vous avez l’obligation d’atteindre un certain résultat, et ce résultat doit être défini très précisément. Il s’agit des « produits livrables », comme on les appelle.

Mais il existe un bon compromis : combiner les deux types d’options dans votre offre. En d’autres termes, vous déterminez dans quelle mesure vous travaillez avec un montant forfaitaire et à partir de quand vous passez au tarif horaire. C’est le meilleur des deux mondes, car la responsabilité est partagée. Vous êtes tenu·e de livrer un certain résultat dans un certain délai, mais si le travail prend plus de temps que prévu, le ou la client·e devra mettre plus de sous sur la table. 

« Je suis assez bien rodée pour estimer le temps que prendra une mission, mais les clients en eux-mêmes, ça reste la Roue de la Fortune. Surtout avec les nouveaux, car on ignore encore comment la collaboration va se dérouler. Je suis maintenant très claire à ce sujet : un tarif fixe pour la mission et un round de retours, et à partir de là, les heures supplémentaires sont facturées en régie. Si les clients savent d’avance qu’ils risquent de devoir payer plus, ils donnent un meilleur briefing dès le départ. Tout le monde y gagne : ils économisent de l’argent et je ne perds pas de temps. » Jill Mathieu, copywriting captain chez Goodcopy.ink

Les conditions de ce mix régie/forfait sont toujours négociables. Plus vous avez d’expérience, plus vous êtes à même de définir où tracer la limite. Nous ne sommes pas experts en la matière, mais — attendez un peu, bien sûr si ! Malt est la plus grande communauté de freelances en Europe et nous avons servi d’intermédiaire dans plus de 100 000 projets. Les deux camps de cette histoire, nous les connaissons plutôt bien. 

Par conséquent, un dernier conseil : ne laissez pas les caractères microscopiques au dos de votre devis expliquer à votre client·e ce que vous avez réellement voulu dire. De nombreuses formulations sont possibles, mais il n’existe qu’une seule formule de réussite : la clarté. Discutez avec votre client·e. Assurez-vous que vos violons sont accordés dès l’intro pour éviter une fausse note à l’outro. Bonne chance !